Öxxö Xööx – “Nämïdäë” (2015)

(Par Lucy Dayrone)
Parution : Format : Label : Univers : Pays :
26 mai 2015 LP Blood Music Doom avant-gardiste France
Öxxö Xööx - Nämïdäë (2015)
Track-list :

1) Därkäë
2) LMDLM  YouTube
3) Ländäë

4) Dä Ï Lün
5) Lör
6) Lücï
7) Äbÿm
8) Dälëïth
9) Ü

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1845960346/size=large/bgcol=333333/linkcol=0f91ff/tracklist=false/artwork=none/transparent=true/

Line-up de l’album :

Öxxö Xööx (Laurent Lunoir) :
Voix, instrumentation.
Rïcïnn (Laure Le Prunenec) : Voix.
Isarnos (Thomas Jacquelin) : Batterie.

Membres additionnels :

Aucun.

Lien vers le lexique du langage : https://oxxo-xoox.bandcamp.com/album/n-m-d
« Nämïdäë » – qui veut dire « la dernière larme » dans le fabuleux langage d’Öxxö Xööx – est un surprenant second album. C’est tout naturellement que je m’attendais à une suite dans la même veine que le premier-né nommé « Rëvëürt » (soit « la révolte du cœur »), pourtant si le fond reste le même la forme a énormément évoluée. Une nouveauté qui est la bienvenue, rendant la musique plus profonde, c’est l’arrivée de Thomas Jacquelin (Anus Mundi, Régiment, Wormfood, Lugnasad, Vintergeist, ex-Embryonic Cells, Mind Asylum live) alias Isarnos à la batterie. On sent toute la puissance de l’instrument, ce qui n’était pas le cas avec la batterie programmée sur le premier opus, et cela donne une toute autre dimension à cet album qui se veut plus fort, plus percutant. Plus dément aussi.

Si « Rëvëürt » laissait dans son sillage un parfum de rébellion face aux agissements de l’humain envers la Terre Mère, nous entraînant dans un silencieux soulèvement des consciences, « Nämïdäë » au contraire laisse couler une langueur sans nom qui nous embourbe dans la tourmente, pris dans l’infernale spirale du dualisme. Pour dénoncer une fois de plus le chaos dans lequel nous tentons d’évoluer, Öxxö Xööxutilise des sons totalement déjantés juste au-dessus de nappes lourdes et graves : un doom avant-gardiste qui, en somme, fige l’âme et la matraque. On accède donc sans mal à la démence ambiante et, comme endoloris, il me semble pouvoir souffrir du même tourment que l’auteur des textes, Laurent Lunoir alias Öxxö Xööx. Un partage pas toujours évident à vivre selon les propres événements de nos vies !
La guitare est plus mélodique, je l’entends presque comme une troisième voix derrière celle de Laurent Lunoir et Laure Le Prunenec (alias Rïcïnn). Le synthé se transforme occasionnellement en marteau piqueur, ce qui pourrait agacer si on écoute le CD en musique de fond. Cet album est, selon moi, comme un livre audio auquel on doit nécessairement prêter attention pour en comprendre toutes les harmonies, les arrangements, ainsi on sait pourquoi tel son vient sur tel mot, pourquoi cette nappe de synthé douce et planante se place juste ici, pourquoi ce silence juste là : c’est que sur « Nämïdäë » rien, absolument rien n’a été laissé au hasard. Tout a un sens, tout se rejoint et ce « tout » c’est une histoire, celle d’un être tiraillé entre la peine et la lumière, la déraison et l’espoir.
Ce qui fait toute la force de cet album c’est, outre la puissante batterie, les arrangements entre la guitare et les sons électroniques. Il y a une mélodique conversation qui nous échappe, quelque chose de grand, de profond, chargé d’émotion. Et c’est bien sur l’émotion que glissent les chants et cris de Laure et Laurent, toujours aussi bien mélangés à la « texture musicale » si-je puis dire que pour « Rëvëürt« , ce que j’apprécie énormément. Des voix au cachet unique. C’est selon moi LA touche des Français d’Öxxö Xööx.

Öxxö Xööx

L’album ouvre ses portes sonores avec Därkäë, le plus long morceau, qui atteint les onze minutes. Toutefois habillement découpée, cette piste pleine de « larmes noires » (traduction du titre) est comme une longue préface du livre des exaspérations. Le ton est donné, tant pour la musique que le thème : une révolte du corps et de l’esprit sur des sons plus techniques, qui déstabilisent assez au premier abord. Mais ainsi la « trame musicale » est donnée et c’est ce qui nous attendra tout le long de l’album : un savant mélange de langueur et de folie sonore.
Il est question dans cette chanson du combat entre l’ombre et la lumière qui nous habite, de cette volonté de victoire sur tout ce qui nous empoisonne et nous enferme.
LMDLM est un titre assez singulier, mais qui peut être relatif au nom d’un lieu bien connu des fans du premier volet de « L’histoire sans fin » : Les marécages de la mélancolie. On y voyait Atreyu tenter de sauver son cheval Artax victime de la mélancolie des marécages… poignante scène.
Ici Öxxö Xööx reprend cette image qu’il transpose sur notre plan matériel rempli de ténèbres, de démence, d’absurdité. C’est l’avancée d’une âme à travers la déraison, une âme dont l’amour brille encore au cœur comme une promesse à travers « le marécage de la mélancolie » :

« MÏ SÜLÏ LÏÜM ÜTÄ ÜNDÏ MÏ
ÖRDË MÏ ÄNÏ ÜRÄ HÜP »
(La seule lumière est en mon cœur
Tant que j’avancerai, il y aura de l’espoir)
Ländäësignifie « paradis perdu ». Ce paradis couvert par le voile de notre ego, enfermé dans une prison de chair, elle-même lacée à l’extrême dans le corset du matérialisme. Difficile sous ce conséquent amas d’artifices de laisser parler l’amour. Car ce paradis perdu est la lumière originelle, perdue, oubliée dans cette « solide civilisation de stupidité » (Fündä Lä Sï Cün).
Däï Ï Lün ou « Les larmes des démons de la lune », est une autre vision du combat qu’oppose la tourmente à la quiétude. L’homme y est considéré comme un démon sur cette Terre. L’auteur se sent d’ailleurs. Je le vois comme un être chargé de lumière tentant d’illuminer le monde par la prise de conscience.
Mais avec le titre Lör (« Amour »), on quitte un temps l’exaspération pour la gratitude. Si encore dans cette chanson on entend le grincement de la balance des pensées, la sérénité qu’offre ce sentiment si délicieusement offert permet une indication quant au retour à l’amour, à proprement parler : un parcours fléché depuis l’autre jusqu’à soi.
Lücï nous renvoie une fois de plus au retour à l’amour pour écraser les ténèbres de ce monde. « Lucifer », qui est le titre de la chanson, est ici prié de redevenir le protecteur de la lumière et d’ainsi renverser les choses, de la souffrance à l’extase.
Avec le titre Äbÿm, nous faisons face à l’humain abimé, endommagé, heurté par le conditionnement, qui évolue dans l’obscurité, l’esprit aussi bien que le corps lacérés par les tourments. Point d’espoir de façon générale, mais un remerciement que tous les êtres Conscients sauront reconnaître :

« HÜN ÄË FÜR ÜRÄ ÜNDÏ FÜR ÜNDÜLÏ
HÜN ÄË FÜR ÜRÄ ÜNDÏ FÜN ËLÖ DÖRÏ ÏN FÜR VÄRÏNSÄN ËÏ MÏ LÄNDÄ
TÄNK »
(A ceux qui possèdent un cœur compassionnant
A ceux qui ont osés penser différemment, revenant aux étoiles
Merci)
Dälëïth, « les larmes de feu ». Ce sont ces larmes que nos corps font couler : celles du phénix que nous sommes, prisonnier de cette enveloppe charnelle. Ici la réincarnation est présentée comme une malédiction et en cascade, l’oubli de notre immortalité.
Û « Vous » ou bien « Toi » c’est selon notre propre compréhension. Mais j’imagine un message lancé directement à l’individu donc le « Toi » me va assez bien… Pour terminer cet album de larmes, Öxxö Xööx aura choisi d’enfoncer le clou concernant nos corps, mais cette fois-ci en nous expliquant pourquoi ils sont des prisons pour nos esprits. On adhèrera ou pas mais j’aime assez l’idée que le corps vienne de la terre et notre esprit du ciel. Ceci étant dit, on comprendra aisément où veut en venir l’auteur par rapport au fait que le mal est un peu partout ici-bas, nous-mêmes étant un peu bons et mauvais à la fois…
Vous l’aurez donc compris, côté paroles, « Nämïdäë » est beaucoup plus sombre, plus dualiste que son prédécesseur « Rëvëürt » qui ne se contentait que de montrer du doigt (et du cœur) la folle déraison de l’humain face à Mère Terre. C’est une autre façon de dénoncer l’aliénation générale.

Öxxö Xööx

Laurent Lunoir, en plus de créer la musique, écrire les paroles, chanter, s’occupe également du graphisme ! Un multi talents qui fait les choses avec cœur (et tripes) de façon très soignée, ce qui est très appréciable car j’aime examiner l’objet une fois en mains. Ce digipack en triptyque est une réussite. Il ne contient toutefois aucun livret mais cela a été décidé pour rendre la musique directement accessible. On l’aura finalement compris : ce qui compte pour cet album, c’est le contenu et rien que le contenu, mais plus loin encore, c’est le ressenti.
Si « Rëvëürt » était dans des tons bleus et noirs intérieur comme extérieur, « Nämïdäë » l’est également mais pas pour l’intérieur qui est dans des tons de rouge et de feu. D’ailleurs j’ai retourné le digipack et ô révélation, j’ai pu y voir le visage d’un démon… si si, cherchez bien !
Line-up, contacts, deux remerciements : rien de plus. Ce qui compte, je vous l’ai dit, c’est le CD, son contenu, le reste n’est qu’un emballage carton magnifiquement illustré par des volutes de couleurs texturées.
Comment ne pas vous conseiller cette œuvre si originale, tellement profonde et infiniment sincère ? Comment ne pas rendre ici hommage au colossal travail fourni sur ce chef-d’œuvre aux multiples styles, créant une identité si particulière ? Comment terminer cette chronique en retournant simplement à mes affaires ? Vous verrez, après écoute, qu’une fois que l’on a effleuré l’univers d’Öxxö Xööx, nous ne sommes plus vraiment les mêmes.
Quelque chose a évolué.
Pour le Plus Grand Bien.
Février 2016,
Rédigée par Lucy Dayrone.
Öxxö Xööx - “Nämïdäë” (2015)
Liens officiels
Où se procurer l’objet ?

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